Pendant le confinement, l’observatoire national de la biodiversité reste actif

Confinement et biodiversite Le 17 mars dernier la France est entrée dans un confinement totalement inédit afin de freiner l’expansion de la pandémie de Covid-19. Fin mars, près de 80 pays représentant environ la moitié de la population mondiale1   avaient procédé de même (confinement obligatoire ou incitatif). Cette réduction soudaine des déplacements et des activités économiques non essentielles à travers le monde a entrainé une baisse immédiate des niveaux de pollution atmosphérique et sonore avec des effets perceptibles mais temporaires sur la biodiversité, en particulier la faune sauvage.

Réciproquement, cette situation inédite met en lumière la fragilité de nos sociétés complexes et leur vulnérabilité face à des événements inattendus. Elle nous rappelle que les transformations qui affectent la biosphère (effondrement du vivant, uniformisation des paysages, réchauffement de la planète et acidification des océans), si elles ne sont pas suffisamment prises en compte, auront des conséquences lourdes pour nos sociétés.

Le lien entre santé humaine et biodiversité est plus que jamais mis en évidence : les perturbations engendrées par nos activités sont la cause de la raréfaction de certains organismes au profit d’autres, qui prennent leur place. Les interactions entre les espèces et leur environnement sont ainsi altérées, ce qui peut avoir des répercussions sur l’émergence de  maladies infectieuses et leur transmission : On estime que 70 à 80% des maladies transmissibles dans les populations humaines actuelles ont une origine animale (c’est-à-dire que l’hôte du virus ou de la bactérie appartient initialement à une autre espèce2).  Plus généralement, 23% des décès dans le monde et près du quart des pathologies chroniques peuvent être imputés à des facteurs environnementaux3 .

La pollution de l’air

Un des premiers effets observables dès le confinement d’une partie de la population chinoise en janvier fût la diminution de la pollution atmosphérique, en particulier du dioxyde d’azote. Des premières observations de l’ESA ont indiqué une baisse de près de 40 % des émissions au-dessus des grandes villes chinoises. Le même phénomène a été observé en Europe, la baisse des émissions de dioxyde d’azote étant constatée dans des grandes villes telles que Paris, Madrid ou Milan.

Dans la région parisienne, Airparif a observé une baisse de plus de 60 % des émissions d’oxydes d’azote ce qui a permis d’améliorer la qualité de l’air de 20 à 30%. Cette baisse sera toutefois de courte durée, les niveaux de pollutions traditionnels se rétablissant progressivement dans les pays en cours de déconfinement.

La pollution sonore

Dans les grandes villes, les chants des oiseaux deviennent plus audibles. Avec la baisse de la circulation et des travaux, la « biophonie », c’est-à-dire les sons directement produits par le vivant, peut localement reprendre le dessus sur l’« anthropophonie », c’est-à-dire les sons découlant des activités humaines. En Ile de France par exemple, la pollution sonore a baissé de 80 % depuis le début du confinement (Bruitparif). Jérôme Sueur, maître de conférences au MNHN, explique que cette chute de la pollution sonore peut avoir des répercussions sur les oiseaux « L'oiseau peut chanter moins fort ou moins longtemps, et donc dépenser moins d'énergie […], des effets potentiels qu'il faudra mesurer dans les mois qui suivront la fin du confinement4 ».  Certaines espèces sont capables d’adapter leurs chants pour limiter leur recouvrement par le bruit de fond, comme la Mésange charbonnière par exemple, qui se décale vers un chant plus aigu en milieu bruyant. Cette adaptation à l’anthropophonie n’est pas sans coût énergétique pour les individus, et tous les oiseaux ne sont pas capables de modifier leur fréquence de chant5.

Mais cette recrudescence des chants des oiseaux ne signifie pas pour autant que leur activité a augmenté ou qu’il y a plus d’oiseaux. Alors que des programmes de sciences participatives ont été mis en place pour récolter des informations sur les oiseaux durant ce confinement, d’autres, comme le Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC), qui alimente l’un des indicateurs phares de l’ONB, sont perturbés. Les bénévoles ne peuvent en effet plus se déplacer pour aller faire certains points d’écoute, ce qui impliquera un jeu de données incomplet en 2020 pour cet indicateur.

La faune sauvage

La faune sauvage profite dans de nombreux endroits de la disparition de certaines activités humaines. Dans le Parc National des Calanques à Marseille par exemple, les gardiens ont noté une forte vie en mer : des espèces comme les dauphins ou les puffins ont été observées plus proches des côtes et des ports que d’habitude. Début avril, deux Rorquals communs, le deuxième plus grand animal vivant sur l planète, ont même été observés dans le Parc. La réduction du trafic routier pourrait également être synonyme de moins d’animaux tués sur la route, comme les hérissons ou batraciens.

Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité, tempère cependant l’importance des effets observables du confinement sur la nature : « L’effondrement actuel du vivant sauvage ne se résume pas à des baisses de population, c’est aussi une baisse de la diversité génétique des espèces sauvages, indique-t-elle. Si la tendance se poursuit, il n’y aura plus de reconquête possible pour la nature, même si l’humanité adopte enfin des comportements vertueux6. »

Des effets négatifs sur la faune sauvage sont également constatés, comme la recrudescence du braconnage7  et des infractions environnementales8 . Les espèces exotiques envahissantes prolifèrent à des emplacements où les actions de lutte sont mises à l’arrêt. Enfin, un déconfinement soudain pourrait impacter le succès de la reproduction des espèces qui se sont installées à des endroits temporairement peu fréquentés, comme les parcs. Le retour à des niveaux d’activités élevés pourrait perturber l’élevage des jeunes.

Le confinement pourrait surtout avoir des effets à long terme sur notre perception de la biodiversité, comme l’explique Hélène Soubelet : « En faisant réapparaître au grand jour une biodiversité qui vivait cachée ou recluse dans des territoires réduits, cette crise sanitaire invite à nous poser la question de la place que nous faisons habituellement au monde sauvage, indique-t-elle. Et par extension, du monde dans lequel nous voulons vivre demain.9 »  

 

Plus d’informations :

Ineris - Confinement et environnement : un nouvel outil pour visualiser quotidiennement les effets du confinement sur la qualité de l'air
Airparif  - Impact des mesures de confinement
ESA – le confinement lié au coronavirus entraîne une chute de la pollution à travers l’Europe
ESA – COVID19, le dioxyde d’azote au-dessus de la Chine
MNHN - Dans le silence du virus : quels effets sur les êtres vivants ?
Actu Environnement - Confinement de l'Homme : une occasion pour mesurer son impact sonore sur la biodiversité
Oiseaux des jardins/LPO – Confinés mais aux aguets 
Parc National des Calanques – Quels effets du confinement humain sur la biodiversité marine ?
20 minutes - Coronavirus : Le confinement, une vraie pause pour la faune sauvage ?
Le Point - Le confinement, une « parenthèse enchantée » pour les animaux
20 Minutes - Coronavirus en Afrique : Les braconniers tuent plus de rhinocéros, avec le confinement
Geo - Coronavirus : des animaux sauvages en danger à cause de l'absence des touristes ?
NationalGeographic – Coronavirus attention aux fake news sur le retour de la vie sauvage

 

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Date
05/05/2020