Le cadre conceptuel : un modèle DPSIR adapté

Le cadre conceptuel : un modèle DPSIR adapté

Un cadre conceptuel est nécessaire pour aider à organiser la réflexion autour d'enjeux aussi complexes que la préservation et la restauration de la biodiversité.

Le modèle retenu est le modèle DPSIR adopté par l'Agence européenne de l'environnement : des Déterminants sociétaux ou Forces motrices (Drivers - D) conditionnent et expliquent des Pressions (Pressures - P) négatives et des Réponses (Responses - R) positives de la société sur la biodiversité. Les propres dynamiques internes des écosystèmes, ces pressions et ces réponses influent sur la Situation, l'état des différentes composantes de la biodiversité (State - S), qui réagissent aux pressions (ex : pollutions) et réponses (ex : aires protégées) par des Impacts en retour (Impacts - I) vers la société, sous forme de variation des services écosystémiques rendus : alimentation, régulation des eaux, fertilité des sols, etc.

Attention : dans ce modèle, le terme "impact" n'a pas le sens que l'on lui donne dans le langage courant comme dans "impact des pratiques de gestion", qui correspondent dans le modèle DPSIR soit à des pressions si ces impacts de gestion sont négatifs, soit à des réponses si elles sont positives.

Ce modèle est habituellement appliqué pour qualifier les indicateurs développés afin de documenter les différents aspects du problème environnemental traité ("indicateur de pression", "indicateur d'état"...). L'ONB a fait le choix d'appliquer le modèle aux questions stratégiques et non aux indicateurs.

En effet, le constat a été fait que les controverses étaient sans fin sur l'affectation d'un indicateur à tel ou tel élément DPSIR ; le constat final pour l'ONB est qu'un même indicateur peut être considéré comme D, P, S, I ou R selon la question pour laquelle il est mobilisé. C'est donc la question qui doit être rédigée pour traduire ces éléments DPSIR.

Illustration : l'indicateur (non développé actuellement par l'ONB)  "Evolution du nombre de départements français colonisés par le Loup" peut ainsi très efficacement renseigner sur :

  • l'évolution de la situation d'un élément de la biodiversité important (grand prédateur) associé à une question S "Comment évoluent les populations de grands prédateurs en France ?"
  • l'efficacité des politiques de protection de la nature (le Loup est protégé par la Convention de Berne ratifiée par la France) associé à une question R "Quelles sont les effets des politiques mises en oeuvre en faveur des espèces protégées ?"
  • au contraire, les effets négatifs des activités humaines perturbant les milieux où évoluent ces grands prédateurs, associé à une question P "Comment évoluent les pressions de destruction volontaire ou involontaire sur les grands prédateurs ?" si l'on estime ces pressions de nature à compromettre l'implantation du Loup
  • le rôle de régulation de populations d'herbivores (service écosystémique) en l'associant à une question I "Quelle part du territoire bénéficie du service de régulation des herbivores sauvages par les grands prédateurs ?"
  • enfin, le niveau d'acceptation du "sauvage" dans nos sociétés modernes, puisque l'extension de l'aire de répartition du Loup reflète la résultante sur le territoire des forces contradictoires (parfois très) hostiles et (parfois très) favorables au Loup qui traversent la société. Lorsque cette acceptabilité a été nulle par le passé, le Loup a été éradiqué, puis on l'a laissé revenir lorsqu'il a passé la frontière, preuve d'une évolution de l'opinion dans la société, il est régulé là où sa présence est jugée intolérable mais sans menacer son développement, mais il pourrait à nouveau être éradiqué si la volonté sociétale générale évoluait en ce sens. Il documente donc la question D "Comment évolue l'acceptabilité de la cohabitation avec le "sauvage" dans la société ?"