3- Comment évoluent les pressions majeures que notre société fait peser sur la biodiversité ?

3- Comment évoluent les pressions majeures que notre société fait peser sur la biodiversité ?

Présentation

La majorité des scientifiques affirment que l'érosion de la biodiversité est la conséquence des effets cumulés des diverses pressions exercées par les activités humaines. Il est nécessaire de caractériser ces pressions de manière objective pour alimenter le débat sur les causes et les solutions à apporter. En 1992, Edward O. Wilson, le père du mot « Biodiversité », dans son ouvrage « The diversity of life », (publié en français sous le titre « L’avenir de la vie ») propose d’organiser en cinq catégories ces pressions exercées par l'Homme sur son environnement et en particulier sur la diversité biologique sous toutes ses formes. Il proposa l’acronyme HIPPO pour mémoriser ces cinq pressions. Il proposera ultérieurement d’y adjoindre une sixième menace majeure : le changement climatique, soit comme une composante aggravante des cinq autres, soit en tant que sixième pression du modèle. L’ONB a retenu cette deuxième proposition et applique ainsi le modèle « HIPPO(C) » :

  • H (destruction ou dégradation des Habitats) ;
  • I (introduction et dissémination d'espèces Invasives ou Espèces Exotiques Envahissantes) ;
  • P (Pollutions des milieux naturels) ;
  • P (accroissement et répartition de la Population) ;
  • O (Surconsommation des ressources naturelles, « overconsumption » ou « over-harvesting » en anglais) ;
  • et C (paramètres du changement Climatique).

Ce que recouvre chacun de ces termes est précisé en introduction de chaque sous-question ci-après. A noter que dans les reprises nombreuses de ce modèle de Wilson, le « P » de « Population humaine » est très fréquemment omis, témoignant de la difficulté des sociétés à appréhender les effets de sa propre dynamique de population au sein de la biodiversité.

Objets et indicateurs

Les indicateurs sont organisés classiquement par type de pression du modèle HIPPOC, même si certains indicateurs peuvent renseigner plusieurs pressions, de même que plusieurs pressions sont liées comme la pression d'urbanisation et la pression démographique par exemple. Il n'y a pas à ce stade d'indicateurs permettant d'approcher l'effet cumulatif des diverses pressions.

Comment évolue la dégradation des habitats naturels et semi-naturels ?

La destruction des habitats par artificialisation ou changement d'occupation des sols constitue une cause directe et souvent irréversible d'érosion de la biodiversité. L'artificialisation comprend l'imperméabilisation totale des sols (asphaltage, construction en béton…) mais aussi le mitage par des constructions qui déstructurent les écosystèmes bien au-delà de la seule emprise au sol directement imperméabilisée.

Le changement d'occupation des sols conduit à la destruction et à la dégradation des habitats naturels et des écosystèmes semi-naturels ce qui peut prendre des formes multiples qui toutes affectent les écosystèmes et les espèces qui les composent :

  • l'homogénéisation et la simplification des paysages (agriculture et sylviculture industrielles), qui banalise les écosystèmes en défavorisant les éléments les plus originaux et souvent les plus exigeants pour la qualité du milieu ;

  • l'altération, qui transforme les écosystèmes sous l'influence des pressions exercées, le plus souvent accompagnée d'une dégradation de la richesse patrimoniale : retournement des sols, imperméabilisation partielle, tassement… ;

  • la fragmentation, qui perturbe les dynamiques spatiales et temporelles des écosystèmes, en dressant des barrières aux déplacements des espèces ou en modifiant les flux de matière ou d'énergie, par exemple le cycle de l'eau : espaces non favorables sur de grandes superficies, barrages et digues, routes, clôtures, pollution… ;

  • la modification du régime naturel des perturbations, qui introduit des facteurs de perturbation excessive – ou au contraire des facteurs de blocage, ce qui affecte l'évolution naturelle des écosystèmes : inondation et drainage artificiels, modification des cortèges d’espèces par la gestion…

Artificialisation du territoire métropolitain

Surface nette artificialisée annuellement en métropole
66 975 ha/an en moyenne entre 2006 et 2014

Artificialisation des territoires d'outre-mer

Surface nette artificialisée annuellement dans les territoires d'Outre-mer
314 ha/an en moyenne sur la période 2000-2012

Fragmentation des milieux naturels

Taille effective de maille des espaces naturels en France métropolitaine
99,97 km² en moyenne par maille en 2006

Fragmentation des cours d'eau

Densité d'obstacles à l'écoulement des cours d'eau métropolitains
16 obstacles à l'écoulement pour 100 km de cours d'eau en 2014
 

Principal milieu naturel métropolitain détruit par artificialisation

Surface perdue du principal type de milieux naturels métropolitains détruits par artificialisation
52 236 ha de prairies, pelouses et pâturages naturels perdus par artificialisation entre 1990 et 2012
 

Principal milieu naturel ultramarin détruit par artificialisation

Surface perdue du principal type de milieux naturels ultramarins détruits par artificialisation
783 ha de forêts de feuillus perdues par artificialisation entre 2000 et 2012
 

Part du territoire métropolitain occupé par les écosystèmes peu anthropisés

Part du territoire métropolitain occupé par les écosystèmes peu anthropisés
52,7 % en 2012
 

Part du territoire des DOM occupé par les écosystèmes peu anthropisés

Part du territoire des DOM occupé par les écosystèmes peu anthropisés
76,7 % en 2012
Comment évolue la situation des espèces exotiques envahissantes ?

Cette pression est induite par la propagation sous l'action de l'Homme d'espèces considérées comme nuisibles à la biodiversité dans des écosystèmes où elles n'étaient pas présentes et où elles prolifèrent au détriment du patrimoine naturel pré-établi.

C'est une notion très délicate à aborder car ce caractère invasif est variable dans le temps et l'espace, et la nuisibilité à l'égard d'une biodiversité que nous considérons comme plus souhaitable est affaire de jugement en un temps et un lieu déterminés.

Néanmoins, la plupart des scientifiques estiment que l'action humaine a considérablement amplifié les phénomènes de dissémination d'espèces entre écosystèmes parfois très distants et aux connexions naturelles quasi-nulles. En ce sens, la perturbation induite est considérablement amplifiée, même si elle procède des mêmes mécanismes de colonisation que l'introduction naturelle d'espèces (graines ou invertébrés transportées à longue distance par les oiseaux ou les courants marins par exemple). Le développement ou non du caractère invasif d'une espèce dans son nouvel environnement est très mal appréhendé mais il semble établi que les perturbations des écosystèmes en place par les autres pressions humaines augmentent les risques de prolifération.

Nombre d'espèces en Outre-mer parmi les plus envahissantes au monde

Nombre d'espèces présentes dans au moins un des territoires ultramarins parmi la liste de 100 espèces considérées par l'UICN comme les plus envahissantes au monde
60 espèces en 2016

Évolution du nombre moyen d’espèces exotiques envahissantes par département métropolitain

Évolution moyenne du nombre d’espèces exotiques envahissantes par département métropolitain, sur la base d’un panel de 84 espèces, sur une période de 10 ans, calculée à partir des 40 dernières années
5,6 espèces de la liste de référence "gagnées" par département par période de 10 ans
Comment les différentes pollutions évoluent-elles ?

Les pollutions induites par les activités humaines sont extrêmement nombreuses et diversifiées ; elles peuvent être massives ou diffuses, avoir des effets immédiats ou à long terme, sur le lieu de la pollution ou à très grande distance. Là encore, des effets « cocktail » ont été mis en évidence, rendant extrêmement délicates les prévisions quant aux conséquences d'une pollution donnée sur la biodiversité. L'observatoire national de la biodiversité propose une classification de ces pollutions selon la nature de leur action sur le milieu naturel et les espèces. On distingue ainsi les pollutions physiques, organiques, chimiques, thermiques, barométriques et ondulatoires.

Les pollutions physiques affectent le milieu de manière inerte : ce sont par exemple les particules minérales rejetées dans l'eau par l’exploitation minière et qui, par leur opacité, modifient la turbidité de l'eau des cours d'eau, ou encore les poussières aériennes qui colmatent les stomates des végétaux et perturbent la photosynthèse.

Les pollutions organiques sont le fait d'organismes vivants répandus par les activités anthropiques dans le milieu naturel qu'ils perturbent par leur activité : déplacement de sols, plantations d'espèces non locales, lutte biologique, plantes échappées de culture, de parcs zoologiques ou océanographiques, ou de jardin, déplacements accidentels par les véhicules de transport…

Les pollutions chimiques sont le fait d'éléments actifs qui provoquent des réactions au sein des organismes vivants sauvages : métaux lourds, produits chimiques de synthèse, biocides (y compris d'origine naturel), antibiotiques, produits phyto-pharmaceutiques, nano-particules… Le dérangement par pollution olfactive due à la présence humaine en fait partie, nombre d'espèces étant très sensibles au niveau de l'odorat.

La pollution thermique modifie artificiellement le micro-climat et affecte ainsi durablement les communautés d'espèces. C'est le cas dans l'air (îlots de chaleur urbaine par exemple) comme dans l'eau (réchauffement par les rejets des centrales de production d'énergie ou les retenues et barrages qui ralentissent les eaux).

La pollution barométrique consiste en une variation brusque de pression atmosphérique pouvant affecter gravement certaines espèces. C’est ainsi que les chauves-souris meurent par hémorragie interne lorsqu’elles pénètrent dans la zone de dépression créée par la rotation des pales d’éolienne.

Les pollutions ondulatoires sont provoquées par la diffusion dans l'environnement d'ondes avec des longueur d'onde, fréquence ou intensité inhabituelles. Tout le spectre des fréquences est concerné : infra-sons (sonar et baleines), ondes sonores (bruits et oiseaux nicheurs), ultra-sons (désorientation des chauves-souris), ondes lumineuses (perturbation du rythme des animaux nocturnes), radio-activité (mutagénèse, stérilité…), ondes radio (désorientation des oiseaux). Leurs effets sont très mal connu sur les espèces mais les cas étudiés montrent une influence majeure.

Le dérangement par la présence de l'Homme peut être considérée comme une pollution composite car elle peut agir par ses composantes physique (piétinement), chimique (odeur humaine), ondulatoire (bruit ou lumière), etc.

la pollution des cours d'eau

Évolution de la pollution des cours d'eau

Taux d'évolution de la pollution des cours d'eau par les macro-polluants d'origine urbaine, industrielle et agricole en France métropolitaine
- 7 % pour les nitrates entre 1998 et 2014
- 49 % pour les orthophosphates entre 1998 et 2014
- 69 % pour l'ammonium entre 1998 et 2014
- 49 % pour la DBO entre 1998 et 2014

Évolution de la consommation de produits phytosanitaires

Taux d'évolution du nombre de doses unités de produits phytosanitaires
+ 12 % en 2012-2014 par rapport à la période de référence 2009-2011
 

Qualité écologique des eaux de surface

Proportion des rivières, des plans d'eau, des lagunes, des estuaires et des mers côtières en bon état écologique
43,4 % des eaux de surfaces sont considérées en 2013 comme étant en bon ou en très bon état
Comment la pression démographique sur la biodiversité évolue-t-elle ?

Cette pression est induite par l'impact direct des évolutions de population, qu'il s'agisse d'accroissement accentuant la pression sur les ressources ou l'artificialisation du territoire, de diminution induisant des changements d'occupation des sols – et donc de biodiversité – par déprise, ou encore de mouvements ou de changements de répartition. Elle est souvent l'une des composantes non explicites d'autres pressions : la surconsommation peut provenir par exemple d'un accroissement de chaque consommation individuel (mode de vie) mais aussi d'un accroissement du nombre de consommations individuelles (population). Distinguer les causes permet d'agir sur les deux sources.

Indépendamment du type de mode de vie qui peut être plus ou moins compatible avec la pérennité de la biodiversité, chaque individu a des besoins vitaux qui exercent une pression « minimale » sur le milieu : prélèvement de nourriture, de biomasse pour le chauffage ou la cuisine, matériaux pour la construction (habitat, infrastructures de transport), fibres végétales et produits animaux pour l'habillement ou l'activité sociale et culturelle (décoration).

Le niveau de population, la densité et la répartition dans le temps et dans l'espace sont donc des facteurs directs de pression sur la biodiversité.

Part du territoire des DOM occupé par les écosystèmes peu anthropisés

Part du territoire des DOM occupé par les écosystèmes peu anthropisés
76,7 % en 2012
 

Part du territoire métropolitain occupé par les écosystèmes peu anthropisés

Part du territoire métropolitain occupé par les écosystèmes peu anthropisés
52,7 % en 2012
Comment la pression liée à la surexploitation des ressources évolue-t-elle ?

La surexploitation des ressources naturelles issues de la biodiversité pour satisfaire les besoins humains (alimentation, produits manufacturés…) concoure à l'érosion de la biodiversité directement exploitée mais aussi de celle dépendant de ces ressources. Cette surexploitation s'intéresse à l'exploitation :

  • soit de ressources naturelles non renouvelables produites par la biodiversité ;

  • soit de ressources renouvelables exploitées de manière inadéquate, au-delà de leur seuil de renouvellement continu ou en provoquant des ruptures irréversibles dans les mécanismes de renouvellement.

Comment évoluent les facteurs climatiques affectant directement et indirectement la biodiversité ?

On distingue les impacts directs du changement climatique sur les espèces et les milieux naturels d'une part et les impacts indirects résultant des réponses d'adaptation de la société d'autre part.

Les impacts directs affectent physiquement la biodiversité : les températures plus élevées assèchent les plantes, le rayonnement plus fort brûle les tissus, le gel détruit les œufs ou les plantules, la neige lourde brise les pousses des arbres… Le changement climatique, en altérant ces facteurs de manière accélérée, a un effet perturbant sur des espèces adaptées au fil des millénaires aux conditions locales et à leur lente évolution naturelle.

Les impacts indirects tiennent à la modification du comportement de la société pour lutter contre le changement climatique (atténuation) ou ses conséquences (adaptation). Là aussi, certaines pressions s'expriment dans d'autres catégories : le retrait des infrastructures du bord de mer pour prévenir leur inondation liée à la montée des eaux (adaptation) va contribuer à artificialiser les milieux naturels de l'arrière-pays littoral (destruction d’habitats), la transition énergétique et le report vers la biomasse (atténuation) va en accroître la pression de consommation et possiblement entraîner des surconsommations (bois-énergie par exemple).