6 - Quelles sont les actions et politiques mises en place pour préserver la biodiversité en forêt ?

6 - Quelles sont les actions et politiques mises en place pour préserver la biodiversité en forêt ?

Présentation

La biodiversité en forêt voit son état modifié sous les effets de divers facteurs d’origine anthropique ou naturelle (activités de gestion, pollutions, événements climatiques…). La société réagit face à ces changements qui sont souvent défavorables à la biodiversité : il s’agit ici d’analyser la réponse globale de notre société face aux changements perçus de l’état de la biodiversité en forêt.

Les réponses de la société sont de diverses natures et font intervenir différents acteurs. Elles relèvent à la fois des politiques publiques (mesures réglementaires, outils incitatifs, financement de programmes de recherche…) et des initiatives privées (labels). Elles visent à limiter les atteintes de la société sur la biodiversité des forêts :

  • en protégeant, c'est-à-dire en mettant « à l’abri » certaines espèces ou certains espaces ;
  • en incitant les forestiers à pratiquer une gestion plus attentive vis-à-vis de la biodiversité (outils incitatifs, formation et sensibilisation…) ;
  • en restaurant (ou en compensant) les effets négatifs des activités humaines et/ou des phénomènes naturels sur la biodiversité forestière ;
  • en encourageant la recherche scientifique et les expertises afin de mieux comprendre l’influence des activités humaines sur la biodiversité en forêt et ses implications écologiques et sociétales.
Objets et indicateurs

Les indicateurs permettent de dresser un état des lieux des principales actions et politiques existantes. Après ce premier bilan, la question de l’efficacité des mesures mises en œuvre par la société est posée.

Quels sont l'état et l'évolution des surfaces forestières protégées pour la biodiversité ?

Face à l’érosion de la biodiversité, les états délimitent des « aires protégées » où les activités humaines sont fortement réglementées et restreintes. L’objectif est de soustraire ces espaces naturels à l’action de l’Homme, pour assurer la conservation d’écosystèmes, d’espèces ou de ressources génétiques reconnus pour leur valeur écologique ou patrimoniale.

Différents espaces relèvent de ce type de protection : les zones centrales des Parcs Nationaux, les Réserves Naturelles, les Réserves Biologiques, les Arrêtés de Protection de Biotope ainsi que les Unités Conservatoires (identifiées pour la protection des ressources génétiques forestières). Selon les cas, la conservation passe par le choix délibéré de ne pas intervenir (réserves « intégrales ») ou par une gestion « conservatoire », c'est-à-dire orientée vers le maintien ou l’amélioration de la biodiversité.

Surfaces forestières protégées en métropole

Proportion de la superficie forestière du territoire métropolitain classée en aires protégées (protections fortes : cœurs des parcs nationaux, réserves naturelles, réserves biologiques dirigées et intégrales, arrêtés préfectoraux de protection de biotope)
1,73 % en 2015
Les espèces forestières sont-elles bien protégées ?

La recherche d’une solution politique et territoriale pour les espèces considérées comme menacées (selon les Listes Rouges co-élaborées par l’Union internationale pour la conservation de la nature et le Muséum national d’Histoire naturelle) passe par l’établissement d’un Plan National d’Action (PNA). Leur mise en place témoigne d’une prise en considération par la société des enjeux associés aux espèces menacées.

Îlots de vieux bois dans les forêts publiques

Proportion de la surface boisée classée en îlots de vieux bois dans les forêts publiques métropolitaines
1,53 % au 01/07/2016
 

Conservation du patrimoine génétique des arbres en forêt

Evolution du nombre d'unités conservatoires (UC) des ressources génétiques des principales essences forestières métropolitaines
94 unités conservatoires pour 7 espèces d’arbres en 2017
Quels outils permettent de mieux intégrer l’enjeu de biodiversité dans la gestion forestière ?

Pour enrayer la perte de biodiversité en forêt, et en complément de la protection d’espaces remarquables et d’espèces en danger, une deuxième stratégie cherche à favoriser la biodiversité dans les actions de gestion forestière courantes.

Pour cela il existe des outils spécifiquement dédiés à la protection de la biodiversité. De nature contractuelle (l’adhésion est volontaire), ces dispositifs garantissent une gestion « intégrée », c'est-à-dire une gestion qui tient compte de la protection des espèces et des habitats dans les pratiques courantes de gestion (Gosselin et Paillet, 2010). Ils sont territoriaux (Natura 2000, Chartes Forestières de Territoires) ou relèvent de la certification (labels de gestion durable).

Quelles actions permettent de former et de sensibiliser les gestionnaires forestiers aux enjeux de biodiversité ?

La sensibilisation et la formation constituent un volet indispensable de la connaissance et de l’appropriation des enjeux de biodiversité par les acteurs sur le terrain. Les indicateurs permettent d’évaluer et de suivre les efforts effectués dans ce domaine par les organismes privés et publics.

Comment les efforts de restauration des écosystèmes forestiers dégradés évoluent-ils ?

La restauration consiste à assister le « rétablissement » (ou la régénération) des écosystèmes qui ont été dégradés, endommagés ou détruits sous l’effet d’activités humaines ou de catastrophes naturelles (Aronson J., 2010). L’objectif final est de rétablir la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes, à titre patrimonial ou afin qu’ils assurent à nouveau un certain nombre de services dont la société bénéficie (filtration de l’eau, lutte contre l’érosion, protection contre les risques naturels…).

La « restauration » des zones dégradées est en passe de devenir une composante essentielle des programmes de conservation et de développement durable. Dans le cadre du « Plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020 » défini au niveau mondial par la Convention sur la Diversité Biologique, les États signataires se sont engagés à restaurer au moins 15% des écosystèmes dégradés d’ici 2020. La déclinaison de cette politique au niveau national (moyens, modalités d’application) n’a pas encore été définie, et il n’existe pas aujourd’hui de données permettant le suivi des projets de restauration existants.

Quels sont l’état et l’évolution des financements publics alloués à la préservation de la biodiversité des forêts ?

La mobilisation, par les pouvoirs publics, de moyens financiers au service (i) de la protection de la biodiversité en forêt, (ii) de la mobilisation des acteurs et (iii) de la restauration des écosystèmes forestiers témoigne d’un intérêt et d’une prise de conscience de la société face aux menaces qui pèsent sur la biodiversité de la forêt. Cette mobilisation est aussi un gage de la capacité des acteurs à déployer sur le territoire une politique effective de préservation de la biodiversité des forêts.

Les mesures mises en œuvre par la société sont-elles efficaces ?

Le suivi des « réponses » de la société n’est complet que si l’on regarde les effets réels des politiques et actions déclinées ci-dessus. Au-delà des efforts entrepris par l’ensemble des acteurs, l’intérêt est bien de savoir si ces mesures ont un résultat positif sur l’état de la biodiversité en forêt.

Leur évaluation demande un travail de recherche et d’expertise très précis. Certaines études vont d’ores et déjà dans ce sens : des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle ont récemment publié une évaluation de l’efficacité du réseau Natura 2000 sur les populations d’oiseaux communs (Pellissier et al., 2013) dans laquelle ils s’interrogent sur :

  • la pertinence des zones géographiques délimitées pour leur biodiversité dans le cadre de ce réseau ;
  • l’impact véritable des mesures Natura 2000 sur les communautés d’oiseaux.

En s’inspirant de cet exemple, d’autres évaluations pourraient être mises en place.