5- Comment notre société dépend-elle de la biodiversité marine et littorale et de son évolution ?

5- Comment notre société dépend-elle de la biodiversité marine et littorale et de son évolution ?

Présentation

Le constat qu'une part très importante de notre activité socio-économique et socio-culturelle dépend de l'utilisation de fonctions écologiques par la société est désormais largement partagé. En recherchant des traductions socio-économiques concrètes de ces relations entre la biodiversité et les activités humaines, les démarches en cours d’évaluation des écosystèmes et des services écosystémiques visent à faire de la préservation et l’utilisation de la biodiversité un enjeu perceptible par l’ensemble des acteurs.

Au niveau français, la démarche d'évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (EFESE) vise notamment à approfondir la caractérisation et l’évaluation des différents services écosystémiques pour l’ensemble des écosystèmes français. Ce programme possède un volet marin et littoral qui a été engagé en 2015. Cet exercice prévoit un travail sur l’identification d’indicateurs robustes qui font cruellement défaut aujourd’hui pour mettre en lumière et suivre notre dépendance au fonctionnement des écosystèmes marins et littoraux.

Objets et indicateurs

[Les services retirés par la société de la biodiversité et du fonctionnement des écosystèmes marins et littoraux peuvent être caractérisés de deux manières :

  • d’une part, par la capacité des écosystèmes à délivrer un certain nombre d’avantages à la société (on parle de « service potentiel ») ;
  • d’autre part, par le niveau de mobilisation de ces services, c’est-à-dire les avantages effectivement retirés par la société (« service effectif » ou usage). Ces avantages peuvent être de nature très variable selon qu’ils résultent soit d’un usage commercial ou d’un usage récréatif (on parle alors de services écosystémiques), soit de la demande sociétale de patrimonialisation de la nature (on parle alors de patrimoine naturel), cette dernière mettant en exergue des valeurs culturelles et identitaires plus complexes (mémoire, esthétique…). Ces avantages s’expriment en termes de bien-être, individuel ou collectif, qu’il s’agisse de besoins économiques, de santé, de protection contre les risques, de pratiques récréatives, etc.

La mesure des avantages que la société retire de la biodiversité à un instant donné ne dit rien de la durabilité des usages ou des mesures de protection. Si l’on veut convenir d’objectifs d’évolution de ces services dans le temps, favorables à la préservation de la biodiversité sous-jacente, il est indispensable que ces évolutions ne soient pas ambigües quant à cette préservation. L'observatoire national de la biodiversité reste donc extrêmement vigilant à ce que les données produites permettent de distinguer explicitement :

  • d’une part les services issus d'un usage pérenne et soutenable de la biodiversité ;
  • d’autre part les services issus d’un usage non soutenable de la biodiversité ou de protections ineffectives.

Les indicateurs sélectionnés doivent donc permettre de suivre de manière distincte l’évolution des avantages liés aux services écosystémiques et au patrimoine naturel :

  • défavorables à l’évolution de l’état de la biodiversité, qu’on entend minimiser ;
  • favorables ou neutres quant à l’évolution de la biodiversité, qu’il est possible de maximiser.]

Le travail de questionnement fin et le développement des indicateurs associés est conduit dans le cadre du volet mer du projet EFESE auquel l'ONB est associé. Ce chapitre sera donc complété sur la base des conclusions de ce travail. Aucun indicateur n'est proposé dans l'attente des conclusions de la démarche EFESE.

Comment évoluent les activités humaines [commerciales et récréatives] dépendant directement ou indirectement de la biodiversité marine et littorale (services écosystémiques) ?

[Formulation alternative : Comment évoluent les avantages retirés directement ou indirectement par nos sociétés de la biodiversité marine et littorale ?]

De nombreuses activités humaines se sont développées autour de la valorisation de la biodiversité marine et littorale. Il peut s’agir d’activités commerciales reposant sur une valorisation directe de la biodiversité, telles que la conchyliculture, la pêche professionnelle ou la commercialisation de produits issus des biotechnologies marines, ou d’activités commerciales liées au tourisme qui bénéficient indirectement de l’attrait du public pour la biodiversité marine et littorale. Il peut également s’agir d’activités récréatives dont nos sociétés tirent des bénéfices variés, d’agrément, spirituels, religieux (on parle alors de services culturels) : observation des fonds marins en plongée sous-marine, pêche de loisirs, promenades sur les sentiers côtiers ou en mer… Il s’agira ici de qualifier ces activités humaines et de suivre leurs évolutions.

Comment évoluent les fonctions écologiques sous-jacentes aux services directement ou indirectement dépendants du niveau de diversité biologique ?

Les fonctions écologiques assurées au sein des écosystèmes (production de matière organique végétale et animale, formation de nourriceries ou de frayères, stockage et traitement des polluants…) sont le résultat d’un certain nombre de processus écologiques (photosynthèse, transfert de matière et d’énergie au sein des réseaux trophiques, stratégies de reproduction, dégradation chimique de polluants…) qui leurs sont inhérents. La réalisation de ces processus repose à son tour sur une combinaison de différents facteurs, qu’ils soient physiques (température de l’eau, turbidité, hydrodynamisme, nature du sédiment…), chimiques (acidité, salinité, concentration en nutriments...) ou biologiques (diversité des espèces et au sein des espèces, interactions entre espèces…).

Si beaucoup de services écosystémiques reposent sur la bonne réalisation des fonctions écologiques, ceux-ci ne nécessitent pas obligatoirement un haut niveau de diversité biologique. Par exemple, une production halieutique élevée peut être issue d’un faible nombre d’espèces exploitées. De même, un beau paysage sous-marin peut fournir un service de bien-être à un plongeur sans pour autant présenter une importante richesse spécifique. En revanche, le maintien de certaines espèces halieutiques peut, lui, dépendre de la diversité au sein des organismes vivant dans les sédiments marins (leur source de nourriture) ; de même, la pérennité des récifs coralliens et des nombreux services qu’ils rendent est liée à la diversité des espèces de ces écosystèmes… Afin de suivre l’évolution des services écosystémiques dépendant de la biodiversité des écosystèmes marins et littoraux, il est donc primordial de suivre l’évolution des fonctions écologiques à la source de ces services.