Biodiversité & milieux d'eau douce

Description de la thématique (périmètre)

Cet article s'attache à poser les bases de la réflexion pour la recherche, l'élaboration et la sélection d'indicateurs de l'ONB concernant la thématique « Biodiversité & milieux d'eau douce ». Cette réflexion concerne les différentes échelles de réflexion : du local (Portrait de la biodiversité communale) à l'international (Objectifs d'Aïchi – CDB), en passant par le niveau national (indicateurs de la SNB) et européen (Stratégie pour la biodiversité de l'UE).

Le travail de réflexion est conduit avec l'ensemble des acteurs intéressés par cette thématique au sein d'une réunion thématique (RT) mise en place au printemps 2016 par l'ONB et dédiée à ce sujet. Elle se réunira régulièrement pour faire progresser la réflexion sur les questions essentielles à accompagner d'indicateurs, sur les aspects les plus importants de chaque question, et enfin pour élaborer les indicateurs pertinents et pour mobiliser les données nécessaires à leur calcul.

Les chevauchements entre réunions thématiques

La réunion thématique « Biodiversité & milieux d’eau douce » fait partie des trois thématiques associées aux milieux aquatiques. Il faut donc veiller à délimiter ces trois espaces précisément. La thématique « Biodiversité & milieux d’eau douce » se focalisera sur le réseau hydrographique national - cours d’eau (ruisseaux, rivières, fleuves, canaux) et plans d’eau (lacs et retenues) - à l’exclusion des zones estuariennes saumâtres (relevant de la thématique « Biodiversité & milieux marins et littoraux »), ainsi que des petites pièces d’eau (mares, étangs, gravières) qui relèvent de la thématique « Biodiversité & milieux humides » [cf Tableau 1].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 1 : liste et définitions des principales zones humides non couvertes par la RT « Biodiversité et milieux d'eau douce »

Fig. 1 : Représentation des différents milieux aquatiques d'un bassin versant.

Il convient de préciser que des réunions thématiques « Biodiversité & forêt » et « Biodiversité & changement climatique » sont également installées. Il existe des chevauchements entre les périmètres de ces RT et celui de la RT « Biodiversité & milieux d’eau douce » pour un certain nombre d’habitats, tels que les forêts rivulaires. Une articulation étroite est assurée entre ces RT, notamment par la présence croisée d’acteurs ; toutefois, pour un habitat donné et selon les enjeux, les questions et les priorités ne sont pas forcément identiques et les indicateurs retenus peuvent être différents.

Le travail des différentes RT est ensuite examiné et valorisé au sein des groupes de travail (GT) en charge de l'élaboration des différents produits de l'ONB :

  • le GT en charge de l'élaboration des jeux d'indicateurs nationaux en référence à la stratégie nationale pour la biodiversité ;
  • le GT en charge des travaux de comparaison avec les niveaux internationaux ;
  • le GT en charge des travaux d'articulation avec les territoires infra-nationaux ;
  • le GT en charge de l'élaboration du portrait de la biodiversité communale.

L'ensemble des travaux est ensuite soumis à la coordination scientifique et technique (CST) de l'ONB par saisine écrite pour un avis motivé sur leur pertinence, et parallèlement validé ou amendé par le comité national de l'ONB (CN ONB).

Les enjeux

Les milieux aquatiques d’eau douce constituent un espace fondamental en termes de biodiversité. De nombreuses activités humaines dépendent de ces milieux naturels et y exercent des pressions importantes : agriculture, hydroélectricité, refroidissement de réacteurs de centrales, pêche (professionnelle et de loisir)… Les questions et le jeu d'indicateurs correspondant sont donc particulièrement importants.

Ce document cherche à éclairer les grandes différences d'approche possible de la relation « Biodiversité & milieux d’eau douce », en proposant des pistes d'indicateurs permettant de caractériser quelle tendance est observée, et d'aider à expliciter les choix de société.

Il est important de préciser que les options mises en avant ne s'opposent généralement pas mais sont l'objet d'un dosage, d'un arbitrage politique et stratégique mais aussi de comportements individuels et tendances sociétales qu'il convient de suivre par ces indicateurs.

Lorsque l'on parle d'« eaux douces », il s'agit de caractériser l'ensemble de cette dimension de la société. Sauf lorsque cela est explicitement mentionné, il ne s'agit donc pas de parler uniquement des acteurs gestionnaires et des professions associées mais bien de la réalité complexe de la place occupées par les eaux douces au sein de la société, impliquant l'ensemble de ses acteurs (consommateurs, habitants des territoires, décideurs publics et privés...) qui, par leur action, contribuent à l'évolution de ces milieux et de son organisation géographique, professionnelle et sociétale.

Il s'agit, par le panorama des questions formalisé et les indicateurs associés, de rendre compte de l'état et de l'évolution des différentes composantes de la biodiversité liée aux eaux douces et de ses interactions avec les activités anthropiques. Cela concerne tant les influences sur le territoire national que les interactions avec les territoires étrangers, externalités et influences extérieures :

  • les différents niveaux d'organisation de la biodiversité présente en milieu d’eau douce : gène, espèce, habitat et éco-complexe ;
  • les grands taxons représentés dans les eaux douces : règnes et niveaux inférieurs, avec un arbitrage entre l'importance numérique de chaque taxon et l'importance écologique et sociétale attribuée à chacun ;
  • les dimensions spatiales et temporelles de la répartition de la biodiversité liée aux milieux d’eau douce, en présence et en abondance ;
  • les spécificités de la métropole et de l'outre-mer, des différents biomes terrestres, marins et souterrains sous influence des eaux douces, des grandes aires biogéographiques et des différents milieux (montagnes, zones humides...) ;
  • les fonctions émergentes assurées par les différents niveaux de la vie : production primaire de biomasse, filtration de l'eau, captation et séquestration de carbone, stabilisation des terrains, support de peuplement (sol)... ;
  • les propriétés associées au monde vivant (résistance, résilience, spéciation...), en particulier dans la perspective des nécessaires adaptations des milieux d’eau douce et de leur gestion aux changements globaux (changement climatique, changement d'affectation des terres, raréfaction des ressources et érosion générale de la biodiversité) ;
  • les caractéristiques et valeurs attribuées aux éléments de biodiversité : rareté, patrimonialité, protection, valeurs culturelles, nuisibilité, caractère invasif, valeur économique (production et consommation de produits issus des eaux douces sous toutes leurs formes notamment, mais aussi tourisme, chasse...) ;
  • les pressions exercées par les activités humaines sur la biodiversité (déclinaison HIPPOC, précisée ci-après) ;
  • les services écosystémiques assurés par les milieux d’eaux douces : support, régulation, production et culture ;
  • l'organisation et les activités de la société – dédiées ou non – liées à la biodiversité en milieux d’eau douce.

L'une des grandes caractéristiques des milieux d’eau douce est la très grande densité du réseau hydrographique national et que le cycle de l’eau implique de nombreuses interactions avec les autres espaces, et font que ces milieux intègrent des sources de pressions très variées, à des échelles diverses depuis le bassin versant jusque localement. Une attention particulière sera accordée à cet élément majeur qui détermine largement les conditions du milieu.

Les principales pressions exercées par l'ensemble des acteurs de la société sont, sur la base du modèle HIPPO(C) :

  • 1- H (Habitats) la destruction ou la dégradation des écosystèmes naturels ou semi-naturels :

    • dégradations de la morphologie ;
    • dégradations des régimes hydrologiques ;
    • dégradations des continuités/connectivités longitudinales et latérales ;
    • dégradations des habitats de berges par destruction du couvert végétal associé ;
    • extractions ;
    • artificialisations
  • 2- I (Invasives) la propagation d'espèces potentiellement nuisibles à la biodiversité :

    • espèces animales ou végétales invasives ;
    • pollutions génétiques par croisements (« sauvage x élevage » ou « espèce native x espèce introduite ») ;
    • introduction et/ou propagation de pathogènes.
  • 3- P (Pollutions) les pollutions :

    • organiques (épandages de boue d'épuration, amendements organiques, exports de fumures et amendements d'origines différentes) ;
    • minérales (amendements minéraux, intrants fertilisants, déchets, salinisation, acidification) ;
    • chimiques (déchets toxiques, antibiotiques, pesticides, perturbateurs endocriniens) ;
    • physiques (dépôts de matériaux, gravats, particules, colmatage et comblement) ;
    • thermiques (rejets chauds, retenues, destruction de la ripisylve,...)
    • ondulatoires (ondes lumineuses, sonores, électromagnétiques, radioactives) ;
    • diverses (olfactives, dérangement, nanotechnologies...).
  • 4- P (Population) l'impact direct de la population :

    • contraintes d'espace pour les infrastructures liées automatiquement à l'accroissement de population et des besoins liés (protections de berges, ouvrages,…) ;
    • modifications d’espaces naturels pour des infrastructures liées à l’accroissement de population (retenues hydroélectriques, irrigation) ;
    • sur-fréquentation péri-urbaine (plans d’eau, cours d’eau) ;
    • dérèglements trophiques liés à des enrichissements externes (azote, phosphore,…)
  • 5- O (Surconsommation) la surexploitation des ressources naturelles :

    • irrigation et surconsommation potentielle en espaces agricoles exposés ;
    • gestion des retenues hydroélectriques
    • prélèvements supérieurs à l'accroissement biologique pour quelques espèces patrimoniales ;
    • surfréquentation du public (dégâts à la végétation, aux habitats, à la microfaune, aux œufs/juvéniles) ;
    • conflits sur l'occupation du sol liés aux importations (déforestation de forêts primaires pour la sylviculture intensive...).
  • 6- C (changement climatique) les impacts directs du changement climatique ou des adaptations au changement climatique :

    • dérèglements des écosystèmes ;
    • déplacement des aires de répartition ;
    • dopage de la croissance par le carbone atmosphérique ;
    • événements extrêmes, canicules, régimes de sécheresses, neiges ou pluies modifiés...

NOTA : les effets indirects du changement climatique sur la biodiversité via les réponses d'adaptation de la société constituent non des pressions mais des forces motrices modifiant l'organisation générale de la société, ce qui entraîne indirectement des conséquences pour la biodiversité : destruction d'écosystèmes et remplacement par anticipation, pratiques culturales ou orientations de systèmes d'exploitation défavorables à certains compartiments de la biodiversité.

Les objectifs

Il s'agit de recenser au sein de la stratégie nationale pour la biodiversité les objectifs de préservation, de valorisation et de restauration de la biodiversité identifiés comme liés aux territoires et aux activités impactant les milieux d’eau douce.

Les indicateurs de l'ONB ne sont pas conçus pour l'évaluation des politiques publiques, qui relève d'une démarche méthodologique différente. Ils renseignent sur l'effet sur la biodiversité de l'action de la société tout entière, par les influences cumulées et inter-dépendantes, issues de décisions d'action dédiées ou non à l'objet examiné. Ces influences ont pour origine :

  • les différentes politiques publiques (État, collectivités, établissement publics...) ;
  • les différentes politiques privées (entreprises, monde associatif...) ;
  • les différents comportements collectifs (traditions, habitudes, valeurs collectives, pression sociale...) ;
  • les différents comportements individuels (libre-arbitre, trajectoires individuelles, éducation, croyances...).

C'est donc bien en référence à la stratégie nationale pour la biodiversité qu'il convient de mettre ces indicateurs en perspective, et non à telle ou telle politique publique existant sur le champ thématique étudié.

Les indicateurs

Le champ couvert est très vaste, les indicateurs doivent donc cibler les faits et évolutions marquants, de nature à alimenter les débats de société et les choix politiques liés à la biodiversité en milieu d’eau douce, sans rechercher l'exhaustivité.

L'objectif est de développer et renseigner un jeu thématique cohérent et équilibré d’une trentaine d'indicateurs représentatifs de l'ensemble des enjeux identifiés.

Les indicateurs emblématiques de chaque thématique interne de l'ONB ont vocation à intégrer le jeu de synthèse.

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