5 - Comment les facteurs qui influencent l’état de la biodiversité en forêt évoluent-ils ?

5 - Comment les facteurs qui influencent l’état de la biodiversité en forêt évoluent-ils ?

Présentation

Les activités humaines et/ou les phénomènes naturels modifient en permanence les écosystèmes forestiers et occasionnent ainsi un changement de l’état de la biodiversité en forêt : réorganisation des surfaces boisées à l’échelle des paysages, modifications du fonctionnement et des caractéristiques des écosystèmes, de la diversité, de l’abondance et de la répartition de certaines espèces…

Ces « facteurs de changements » sont de natures très diverses, et interviennent à différentes échelles : ils peuvent être localisés dans le temps et l’espace (une opération de gestion par exemple, ou le passage d’une tempête) ou beaucoup plus diffus (changement climatique, pollution atmosphérique…). Leurs impacts sur la biodiversité en forêt sont complexes et pas toujours univoques : un facteur de changement donné peut avoir des conséquences positives sur certaines espèces, alors que d’autres seront défavorisées.

Objets et indicateurs

L’analyse proposée permet de suivre l’intensité des principaux facteurs exerçant une influence sur la biodiversité en forêt : l’occupation des sols, la gestion des forêts, les espèces envahissantes, la pollution, le changement climatique.

Comment les surfaces boisées évoluent-elles ?

Les surfaces forestières sont soumises à des changements plus ou moins importants selon les régions : conversion permanente des sols vers d’autres usages (agricoles, urbains), gains en surface dans certaines régions (souvent en lien avec l’arrêt d’une activité agricole), fragmentation des habitats (par les voies de transport par exemple). Or la surface totale de forêts, ainsi que leur organisation spatiale à l’échelle d’un paysage, influencent fortement les processus écologiques, et par conséquent la biodiversité.

Entre la métropole et les Outre-mer, les situations et enjeux sont différents et font l’objet d’analyses distinctes. En outre, deux écosystèmes forestiers nécessitent un suivi spécifique, pour leur intérêt particulier en termes de biodiversité : les forêts anciennes en métropole et les mangroves à l’Outre-mer.

Taux de boisement en France métropolitaine

Evolution du taux de boisement en France métropolitaine
30,5 % en 2013 (campagnes 2011-2015)

Taux de boisement dans les Outre-Mer

Evolution du taux de boisement dans les Outre-Mer
85 % en 2015
Comment la gestion des forêts évolue-t-elle ?

La gestion forestière influence plus ou moins directement la biodiversité en forêt, selon le degré et le rythme d’intervention et d’exploitation, le renouvellement et le choix des essences… Les choix de gestion ont donc un rôle essentiel dans le maintien de la biodiversité en forêt.

La gestion des écosystèmes et la biodiversité ne doivent pas être perçues comme systématiquement opposés : les forêts métropolitaines ont ainsi été façonnées par l’espèce humaine tout au long de son histoire et le sont encore aujourd’hui, elles sont le résultat d’interactions complexes entre les pratiques de gestion forestière et la vie de la forêt. Par ailleurs, certaines pratiques de gestion, qu’on qualifiera de « conservatoires », ont pour objectif premier la conservation de la biodiversité.

Prélèvements de bois en forêt au regard de l’accroissement des arbres

Taux de prélèvement de bois en forêt de production en France métropolitaine (au regard de la production biologique et de la mortalité des arbres)
54 % pour la période 2006-2014 (observations de la production biologique, de la mortalité et des prélèvements sur la période 2006-2014)
La forêt est-elle concernée par la propagation d’espèces exotiques envahissantes ?

L’une des principales causes de l’érosion de la biodiversité est celle - a priori contradictoire - de l’introduction d’espèces, définie comme le déplacement par la société d'une espèce hors de son aire de répartition naturelle (MNHN, 2013). Une espèce introduite « exotique » est considérée comme « envahissante » (ou « invasive ») lorsque sa dynamique d'expansion surpasse celle des espèces indigènes, jusqu'à provoquer la disparition de certaines, particulièrement sensibles à la concurrence (Gosselin et Paillet, 2010).

Dans les forêts métropolitaines, la progression de certaines espèces envahissantes peut entraîner, assez rapidement, une diminution locale de la diversité floristique (Gosselin et Paillet, 2010). Il est donc indispensable de suivre leur propagation afin de permettre, le cas échéant, des actions de prévention ou de régulation de ces espèces.

Comment le climat influe-t-il sur la biodiversité de la forêt ?

Le climat, appréhendé de manière globale, agit sur les écosystèmes. Certains paramètres climatiques majeurs (température, pluviométrie, taux de gaz carbonique dans l’atmosphère) influencent fortement le rythme de vie des espèces (les périodes de germination ou de floraison pour les plantes, la migration ou l’hibernation pour les animaux, les périodes de reproduction...), ainsi que leurs aires de répartition sur notre territoire.

Le climat est également un déterminant majeur des « perturbations naturelles » des écosystèmes : incendies, tempêtes, inondations… Parfois destructeurs, ces événements ne sont pas toujours et nécessairement responsables d’une perte de biodiversité. Dans certaines conditions d’intensité et de fréquence, ils peuvent même être indispensables à la régénération ou à la dissémination de certaines espèces (Chevassus-au-Louis, 2006). Par exemple, à faible fréquence les incendies peuvent être favorables à la biodiversité, mais ils sont dévastateurs à fréquence élevée.

Dans le contexte des changements climatiques annoncés, il est particulièrement important de suivre l’évolution des paramètres évoqués ci-dessus. Il faut s’attendre, en retour, à des changements du point de vue de la biodiversité, à tous les niveaux d’organisation du vivant (gènes, espèces, écosystèmes).

Quelles sont les principales formes de pollution en forêt et comment évoluent-elles ?

Relativement « à l’abri » de la pollution, la forêt n’en est cependant pas exempte. La principale forme de pollution est probablement atmosphérique : la forêt joue le rôle de « filtre naturel » de l’air qui nous entoure, elle concentre ainsi les polluants dans ses sols, ce qui a des conséquences importantes sur la biodiversité. Dans les années 1980, ce phénomène a provoqué l’acidification des sols forestiers de certaines régions et -en partie- le dépérissement de massifs forestiers : il est connu du grand public sous le nom de « pluies acides ».

D’autres types de pollution, plus difficiles à quantifier et à suivre, peuvent avoir un impact sur les écosystèmes forestiers : épandage de boues, lisiers, contaminations extérieures par le biais de l’agriculture ou du traitement des bords de route…