Biodiversité & économie

Description de la thématique (périmètre)

Cet article document s'attache à poser les bases de la réflexion pour la recherche, l'élaboration et la sélection d'indicateurs de l'ONB concernant la thématique « Biodiversité & économie ». Cette réflexion concerne les différentes échelles de réflexion : du local (portrait de la biodiversité communale) à l'international (Objectifs d'Aïchi – CDB), en passant par le niveau national (indicateurs de la SNB) et européen (Stratégie pour la biodiversité de l'UE).

Le travail de réflexion est conduit avec l'ensemble des acteurs intéressés par cette thématique au sein d'une réunion thématique (RT) [LIEN NATUREFRANCE] mise en place par l'ONB et dédiée à ce sujet. Elle se réunit régulièrement pour faire progresser la réflexion sur les questions essentielles à accompagner d'indicateurs, sur les aspects les plus importants de chaque question, et enfin pour élaborer les indicateurs pertinents et pour mobiliser les données nécessaires à leur calcul.

Il convient de noter qu'une réunion thématique « Nature » a comme objet la description du vivant non anthropique sous toutes ses formes et ses organisations. Elle traite donc également entre autres de la biodiversité faisant l'objet d'une valorisation socio-économique, mais sous l'unique question de l'état et des tendances, sans lien avec l'activité humaine. Les questions ne sont donc pas forcément identiques, les priorités pas semblables et donc, in fine, les indicateurs retenus différents. Une articulation étroite est assurée entre ces deux démarches, par la présence croisée d'acteurs, et des indicateurs communs aux deux thématiques. Une réunion thématique « Biodiversité & outre-mer » est également installée, intégrant les enjeux économiques spécifiques : activités particulières et valorisation...

L'économie constitue un champ transversal à la plupart des autres thématiques (forêt, agriculture, zones humides...) et des questions et indicateurs sont donc communs.

Le travail des différentes RT est ensuite examiné et valorisé au sein des groupes de travail (GT) en charge de l'élaboration des différents produits de l'ONB :

  • le GT en charge de l'élaboration des jeux d'indicateurs nationaux en référence à la stratégie nationale pour la biodiversité ;
  • le GT en charge des travaux de comparaison avec les niveaux internationaux ;
  • le GT en charge des travaux d'articulation avec les territoires infra-nationaux ;
  • le GT en charge de l'élaboration du portrait de la biodiversité communale.

L'ensemble des travaux est ensuite soumis à la coordination scientifique et technique (CST) de l'ONB par saisine écrite pour un avis motivé sur leur pertinence, puis validé ou amendé par le comité national de l'ONB (CN ONB).

Les travaux sur cette thématique sont étroitement articulés avec ceux pilotés par le ministère en charge du développement durable concernant les indicateurs socio-économiques. Ils sont liés pour partie également aux évaluations qualitatives et quantitatifs, y compris monétaires, conduites dans le cadre de la démarche d'évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (EFESE), déclinaison française de l'évaluation mondiale des écosystèmes (Millenium ecosystem assessment). La réunion thématique de l'ONB est à cet effet co-pilotée par les deux services du ministère pilotes d'EFESE.

Les enjeux

L'économie est au coeur des société humaines, et si l'on élargit le concept aux aspects socio-économiques, elle constitue l'élément structurant de celles-ci. Les sociétés dites modernes se sont largement affranchies en apparence de la nature et en particulier de sa composante vivante. Néanmoins, une part importante de l'activité des citoyens français se déroule en contact important avec la biodiversité, cette activité ayant souvent une composante économique.

Par ailleurs, l'économie repose sur l'exploitation des ressources naturelles produites par les divers écosystèmes : produits alimentaires, matériaux, molécules...

L'économie utilise également largement les fonctions écologiques assurées grâce aux espèces et aux écosystèmes : épuration de l'eau, stabilisation des terrains, écrêtage des crues, stockage du carbone...

La qualité de vie assurée par la présence harmonieuse d'éléments de nature dans l'environnement des habitants constitue également une dimension notable du bien-être socio-économique

Une part importante enfin de l'économie touristique et culturelle a pour objet la biodiversité et le patrimoine naturel : attractivité des territoires, tourisme de nature, cadre naturel à des activités de loisirs non ou peu liés à la nature...

Pourtant, le modèle économique mondial actuel n'assure pas le maintien voire la restauration de la biodiversité indispensable au bon fonctionnement des écosystèmes, et consomme de manière excessive les ressources naturels. Un changement de modèle est indispensable pour garantir la pérennité des sociétés humaines. Suivre les relations entre économie et biodiversité est donc l'une des clefs pour l'ONB dans sa mission d'accompagnement de la société dans son positionnement par rapport à la biodiversité.

Cet article cherche à éclairer les grandes différences d'approche possible de la relation « Biodiversité & économie», en proposant des pistes d'indicateurs permettant de caractériser quelle tendance est observée, et d'aider à expliciter les choix de société.

Il est important de préciser que les options mises en avant ne s'opposent généralement pas mais sont l'objet d'un dosage, d'un arbitrage politique et stratégique mais aussi de comportements individuels et tendances sociétales qu'il convient de suivre par ces indicateurs.

REMARQUE PRELIMINAIRE : lorsque l'on parle d'« économie », il s'agit de caractériser l'ensemble de la dimension socio-économique de la société. Sauf lorsque cela est explicitement mentionné, il ne s'agit donc pas de parler uniquement des acteurs économiques mais bien du « fait économique », impliquant l'ensemble de la société (consommateurs, habitants des territoires, décideurs publics et privés...) qui, par leur action, contribuent à l'évolution de l'économie et de son organisation géographique, professionnelle et sociétale.

Il s'agit, par le panorama des questions formalisé et les indicateurs associés, de rendre compte de l'état et de l'évolution des différentes composantes de la biodiversité liée en interaction avec les activités anthropiques dans une dimension économique. Cela concerne tant les influences sur le territoire national que les interactions avec les territoires étrangers, externalités et influences extérieures.

Les indicateurs pourront couvrir ainsi pour la thématique économique les aspects suivants :

 
  • biodiversité et macro-économie : capitalisme, croissance, produit intérieur brut (PIB), comptabilité environnementale, etc. ;
  • biodiversité et micro-économie (acteurs privés) : entreprises, responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE), éco-activités, analyse des cycles de vie des produits (ACV) et économie circulaire, moyens de production, déchets, efficience de l'utilisation des ressources, etc. ;
  • biodiversité et outils budgétaires : fiscalité, aides, effort budgétaire pour la biodiversité, aide publique au développement (APD) en faveur de la biodiversité, etc. ;
  • biodiversité et monétarisation : éco-taxes, compensation des atteintes à la biodiversité, accès et partage des avantages (APA) isuss de la valorisation de la biodiversité, manque à gagner admis pour la préservation de la biodiversité ;
  • biodiversité et valorisation économique: services écosystémiques, paiements pour services écosystémiques (PSE) ;
  • biodiversité et économie sociale et solidaire (ESS) : associations de protecion d ela nature (APN), AMAP, SCOP, projets collectifs, etc. ;
  • biodiversité et consommation : bio-conditionnalité des produits, empreinte biodiversité, comportement citoyen, consommation de proximité et de saison, etc.

Les principales pressions exercées par les activités économiques de l'ensemble des acteurs de la société sont, sur la base du modèle HIPPO(C) :

  • 1- H (Habitats) la destruction ou dégradation des écosystèmes naturels ou semi-naturels :
    • artificialisation des milieux par imperméabilisation pour la construction de bâtiments (pour le logement, le commerce ou l'industrie) ou d'infrastructures de transport de personnes et de marchandise (routes, ports, aéroports...) ou d'énergie (oléoducs, lignes électriques, pilônes électriques ou éoliens, champs photovoltaïques...) ou encore le prélèvement de ressources minérales (mines, carrières...) ;
    • dégradation des milieux altérés par les influences diverse issues des activités économiques et conduisant à un fonctionnement altéré des écosystème et une fragilité accrue face aux aléas ;
    • banalisation, uniformisation, homogénéisation des écosystèmes en réponse à des pressions économiques tendant par exemple à reproduire un modèle de gestion considéré comme optimisé économiquement ;
    • fragmentation des milieux, soit sous l'influence de l'urbanisme et de l'extension des réseaux et infrastructures de transport, soit par fragmentation et spécialisation des activités par  petits espaces dans une mosaïque juxtaposée de milieux non cohérent écologiquement ;
    • transformation des milieux sous l'influence économique, par exemple pour installer des modes de gestion d'espèces artificielles estimées plus rentables, en lieu et place d'expèces indigènes spontanées (agriculture, forêt, eaux douces, aquaculture...).
  • 2- I (Invasives) la propagation d'espèces nuisibles à la biodiversité :
    • plantes ou espèces invasives, transportées accidentellement (dans les véhicules de transport, dans les produits importés...) ou importées pour des raisons commerciales (animaux de compagnie, plantes décoratives...) ;
    • pollutions génétiques par croisements « sauvage x cultivé » ou « sauvage x organismes génétiquement modifiés (OGM) » ;
    • plantes ou espèces pathogènes ou nuisibles.
  • 3- P (Pollutions) les pollutions :
    • organiques (épuration urbaine, amendements organiques, fuites diverses dans la nature, retombées atmosphériques) ;
    • minérales (amendements minéraux, intrants fertilisants, déchets) ;
    • chimiques (déchets toxiques, antibiotiques, pesticides, pollutions industrielles diverses) ;
    • physique (dépôts de matériaux, gravats, particules, colmatage et comblement) ;
    • ondulatoires (ondes lumineuses, sonores, électromagnétiques, radioactives) ;
    • diverses (olfactives, dérangement, nanotechnologies...).
  • 4- P (Population) l'impact direct de la population :
    • consommation d'espace péri-urbain liée automatiquement à l'accroissement de population et des besoins liés ;
    • idem pour les infrastructures de transport (renforcement de capacité notamment) ;
    • mitage forestier ou urbanisation des côtes dans les zones touristiques ;
    • sur-fréquentation péri-urbaine ;
    • dégradations des espaces fréquentés (tourisme ou autres activités économiques).
  • 5- O (Surconsommation) la surexploitation des ressources naturelles :
    • prélèvement de ressources durablement supérieur à l'accroissement biologique : bois, produits agricoles, produits de la pêche, espèces recherchées pour la chimie verte (parfums, huiles, molécules actives...) ou l'ornement (fleurs, plumes...), espèces rares (collections...) ;
    • export de matière organique supérieur à la capacité de renouvellement des sols (appauvrissement des sols et impacts sur la biodiversité pédologique) sur les espaces cultivés (agriculture, foresterie, espaces verts) ;
    • surfréquentation du public (dégâts à la végétation et aux animaux, dérangement) ;
    • conflits sur l'occupation du sol liés aux importations en France de produits issus à l'étranger de la surexploitation des ressources naturelles, du changement d'affectation des terres  (déforestation de forêts primaires pour la sylviculture intensive, agriculture sur sols forestiers, aquaculture intensive en milieu naturel...).
  • 6- C (changement climatique) les impacts directs du changement climatique ou des adaptations au changement climatique :
    • dépérissements ;
    • dérèglements des écosystèmes ;
    • déplacement des aires de répartition ;
    • dopage de la croissance par le carbone atmosphérique ;
    • problèmes de levée de dormance ;
    • événements extrêmes, régimes de sécheresses, neiges ou pluies modifiés...
    • NOTA : les effets indirects du changement climatique sur la biodiversité via les réponses d'adaptation de la société constituent non des pressions mais des forces motrices modifiant l'organisation générale de la société, ce qui entraîne indirectement des conséquences pour la biodiversité : destruction d'écosystèmes et remplacement par anticipation, pratiques culturales ou orientations de systèmes d'exploitation défavorables à certains compartiments de la biodiversité (raccourcissement des cycles et rajeunissement des forêts par exemple).
La très grande majorité des pressions anthropiques qui s'exercent sur la biodiversité ont une origine ou tout au moins une composante économique.

Les objectifs

Il s'agit de recenser au sein de la stratégie nationale pour la biodiversité les objectifs de préservation, de valorisation et de restauration de la biodiversité identifiés comme liés directement aux activités et acteurs économiques.

Les indicateurs de l'ONB ne sont pas conçus pour l'évaluation des politiques publiques, qui relève d'une démarche méthodologique différente. Ils renseignent sur l'effet sur la biodiversité de l'action de la société tout entière, par les influences cumulées et inter-dépendantes, issues de décisions d'action dédiées ou non à l'objet examiné. Ces influences ont pour origine :

  • les différentes politiques publiques (Etat, collectivités, établissement publics...) ;
  • les différentes politiques privées (entreprises, monde associatif...) ;
  • les différents comportements collectifs (traditions, habitudes, valeurs collectives, pression sociale...) ;
  • les différents comportements individuels (libre-arbitre, trajectoires individuelles, éducation, croyances...).

C'est donc bien en référence à la stratégie nationale pour la biodiversité qu'il convient de mettre ces indicateurs en perspective, et non à telle ou telle politique publique existant sur le champ thématique étudié.

Les indicateurs

Le champ couvert est très vaste, les indicateurs doivent donc cibler les faits et évolutions marquants de nature à alimenter les débats de société et les choix politiques liés à la prise en considération de la biodiversité dans l'activité économique aux différentes échelles, sans rechercher l'exhaustivité.

L'objectif est de développer et renseigner un jeu thématique de quelques dizaines d'indicateurs représentatifs de l'ensemble des enjeux identifiés.

Les indicateurs emblématiques de chaque thématique interne de l'ONB ont vocation à intégrer le jeu de synthèse.